Référence :4451

[Récit dun émigrant au Chili]. [Chili - French imigrant].

BOITE (Gaston).

Ca. 1909. 1909 1 vol. in-8° (210 x 166 mm.) de 129 pp. manuscrites très lisible à lencre noire et brune numérotées, 1 cahier dérelié de [19] ff., [1] f. détaché. Carnet truffé de 3 billets de trolley pour aller de Valparaiso à Vina del Mare, 1 document de la municipalité de Santiago du 29 mai 1909 « Limpia de Acequia », 1 vignette publicitaire du quotidien Zigzag, 1 document de location au nom de Don BOITE Gaston daté du 29 juillet 1909, 1 « Telegrafo commercial », 13 timbres de poste, 5 timbres dimposition sur le tabac. 2 dessins et 1 plan dépl. Pleine toile dépoque grise, premier plat imprimé : « Notes ».

Passionnant récit de Gaston Boite, émigrant français qui partit de la Rochelle pour le Chili au début du XXème siècle. Le journal commence ainsi : « Nous étions donc décidés à émigrer en Amérique et étions ce jour là logés à la Police, en face le bureau de la Pacific Stream Company, moi, ma femme et les deux filles, Hélène et Berthe, en compagnie de ma belle-mère ; et le samedi 14 Septembre, dès le matin, nous avons pu voir savancer majestueusement le paquebot « Orita » de 10.000 tonnes qui devait nous emmener. » Au début du siècle, se rendre au Chili tenait encore véritablement de laventure à la fois dans la traversée et dans linstallation au pays, et ce journal en donne une vision à la fois vivante, haute en couleurs et détaillée. La première partie est consacrée au voyage : Gaston Boite retrace les escales en sattachant aux différentes ambiances, dépeint les paysages et les conditions de vie à bord, rend compte des flux de passagers et de marchandises, dans une peinture où se mêlent les scènes plus ou moins rocambolesques à bord et dans les ports, notamment des scènes de vente à la sauvette, et des éléments plus précis sur les prix des différentes marchandises et les nationalités et milieux sociaux des passagers, le tout formant un témoignage précieux sur ces traversées au début du siècle. Le bateau prit des passagers jusquau Portugal, fit escale en Afrique pour atteindre Valparaiso le 19 octobre 1908. En quittant le bateau, notre auteur laisse une marque de sa présence : « Naturellement, il va falloir en partant, laisser une petite méchanceté à notre brave cuisinier qui nous avait préparé de si bonnes purgations pendant notre voyage. Je clouais sur la porte un dessin représentant un cochon faisant la cuisine, accompagné de remerciements en espagnol au cuisinier. Et sur la porte de ma cabine, je crayonnais ladieu suivant : Ici, dans cette cellule Qui me paraît tant minuscule Se sont donné rendez-vous Les puces, les punaises et les poux Et ces maudites bestioles Sans doute de mon sang raffole Et ne me laissent de répit Pas plus le jour que la nuit Puis je reçois la visite De rats gros comme des lapins Qui viennent et sen vont bien vite Après avoir mangé mon pain Adieu, sans regret je te quitte A Valparaiso samedi, Ce jour, ce sera la fuite Adieu, paquebot maudit On nous invite à descendre, ce que nous faisons avec une joie non dissimulée. Nous donnons en passant nos noms aux délégués du gouvernement Chilien et nous nous traversons le pont volant Nous sommes au Chili !!! » (p. 42). De Valparaiso, où les passagers sont enregistrés selon leur nationalité, statut familial et éducation, Boite se rend à Santiago pour trouver du travail. Engagé très rapidement, il sinstalle donc avec sa famille dans la capitale. « Nous allons à Santiago commencer une vie nouvelle au milieu dune population dont nous ne connaissons ni la langue, ni les habitudes et bien souvent hostile aux étrangers ». Dans la deuxième partie, lauteur donne un aperçu du pays à sa manière à la fois précise - apportant des données concrètes et objectives, et très personnelle - sattachant à rendre les ambiances et donnant son point de vue qui nest pas toujours très nuancé. Il décrit les villes, Valparaiso et Santiago (système dégout, types de transport, habitations, etc.), et les habitants : « Insouciant, imprévoyant, il vit absolument au jour le jour et sans un sou à la maison. Ses vêtements déchirés, usés jusquà la corde, ses souliers au mont de piété, il trouve encore la force dêtre gai pourvu quil ait son allulla et quil puisse boire au robinet une gorgée deau fraîche. Et pour attendre le samedi, on trouvera bien un copain qui prêtera une chaucha (pièce de 20 centanos) pour acheter lallulla ou la sandia (pastèque) nécessaire à la vie. Il est orgueilleux et croit son pays et lui-même supérieur à tous. Il est hospitalier, et bandit, vous attaquera au coin dune rue pour vous dépouiller et si vous frappez à sa porte vous serez toujours accueilli et sous son toit serez sacré. Jen ai vu souvent mordre à belles dents un morceau de pain et donner ce qui reste à un passant ou mordre au même morceau chacun leur tour. ». Il passe en revue les industries et les commerces de tous types, sattardant longtemps sur les marchands itinérants qui proposent diverses sortes de nourriture, du tissu et autres peaux, du bambou, des billets de théâtre, des pierres pour paver les rues, des oiseaux, des fleurs, du café, des dindons, des meubles, etc. Il évoque également la place quoccupent dans la vie des Chiliens les fêtes de tous ordres, les pratiques religieuses et les superstitions, ainsi que limportance économique et sociale du clergé. On trouve des indications sur les autres administrations et services : concernant les habitations, la police et les pompiers, la Poste, les impôts, etc. Lensemble permet de se figurer la vie dans ce pays dadoption, et plus encore de connaître un point de vue et la manière dont les Européens pouvaient vivre lémigration. Intéressant témoignage de première main. p. 83-84 : « Le Chilien aime beaucoup les fêtes, il fête tout, tout est pour lui prétexte à fête. Toutes les fêtes religieuses sont pour lui prétexte à repose. () mais la fête nationale du 18 septembre est encore la mieux. Ces jours là, la populace se porte au parc Cousino, le bois de Boulogne de Santiago. Sont déjà arrivés, les marchands de bouffe naturellement (). » p. 92 : « Au Chili, il règne la liberté de conscience la plus absolue, mais la religion la plus répandue, on pourrait dire la seule pratiquée par les indigènes est le catholicisme. Les processions sont nombreuses et très suivies. » On distingue une nette hostilité contre la religion, qui sexplique peut-être par limportance que celle-ci occupe comme il lexplique : p. 100 : « Ces pauvres curés, ces pauvres moines, ces pauvres religieuses, possèdent je pense la moitié de Santiago, ou plutôt la moitié de la République. On ne pourrait marcher cent mètres sans rencontrer une église et annexés à léglise dimmenses corps de bâtiments servant décoles, douvroirs, dateliers ou de maisons de rapport. () Pauvres curés, et leur règne est loin dêtre fini si lon en juge quand on voit au-dessus de beaucoup de portes une image en tôle émaillée de Dieu, derrière chaque porte clouée un scapulaire et sur le meuble le plus en vue, souvent le seul, une emplâtre de Dieu ou dun Saint plus ou moins quelconque, encadrée de deux bougies quon tient toujours allumées. » Superstition : « Un Chilien qui souffre nest presque jamais malade, cest un sort quon lui a jeté : alors rien à faire, il est inutile de se soigner. » p.127 : « Un genre de commerce qui ma beaucoup plu est le suivant. Un lousitc coiffé dune moitié de lanterne vénitienne, se ballade sur lAlamenda en criant sa marchandise. Un client larrêtait et après des pourparlers , le marché conclu, le commerçant débite sa marchandise sous forme dune danse () se fait payer et sen va recommencer plus loin. » 1 vol. 8vo. 129 handwritten pp. [19] ll. 3 trolley tickets, stamps, official papers, etc. Contemporary cloth binding. Spirited narrative by Gaston Boite, French emigrant to Chile in the beginning of the 20th century. The journey from France to South America still was an adventure, for the crossing and the installation and this log gives a vivid picture of it.

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