Référence :4613

Arpentage du territoire dEssertenne.

CHAUDRON (François) [Géomêtre Arpenteur du Roi].

Gray, 8 janvier 1780. 1780 1 vol in-folio ( 436 x 300 mm.) de: 75 ff. numérotés en lettres dont [93] pp. manuscrites à l'encre brune, [3] pp. bl., [28] plans aquarellés tracés à l'encre rouge et noire dont 26 à pleine page et 2 sur une page; [4] ff. bl. Plein veau granité d'époque, dos lisse orné et titré sur piéce de maroquin brun, titre de maroquin rouge au centre du premier plat, double filet doré sur les coupes, tranches rouges. ( taches, salissures et défauts d'usage).

Remarquable travail de cartographie des terres dun village de Bourgogne, exécuté par un arpenteur du roi à la fin de lancien régime, époque où la France est engagée dans la guerre dindépendance Américaine. L'arpentage est la technique de la mesure de la superficie des terres, en particulier des terrains agricoles. À l'origine du développement de la géométrie, l'arpentage est né en Égypte ancienne pour permettre le relevé des surfaces agricoles après les crues du Nil. Investi d'une signification quasi religieuse, sa pratique était tenue en haute estime dans la Rome antique ou ces « géométres » sont appelés, selon les époques : decempedator, finitor, metator, mensor castrorum... A partir du 16éme siècle, le terme d« arpenteur », provenant de l« arpent » qui est lunité de mesure utilisée dans la région de Paris, simpose progressivement. Il sera progressivement remplacé par celui de « géomètre », jusqu alors synonyme de « mathématicien ». Lordonnance Royale de 1669 sur les Eaux et Forêts fixe létat de l« arpenteur royal », lui imposant de vérifier tous les ans par un récolement, la matérialisation des périmètres des forêts royales. LEncyclopédie (1756) et son supplément (1776-1780) définissent larpenteur comme celui qui est capable de mesurer les terrains, les reconnaître, les partager, évaluer un champ et en marquer la position, le mesurer et le diviser. Le travail de larpenteur est matérialisé par des registres constitués de relevés et de plans, dont le présent document est un exemple. Larpenteur observe, récolte des informations, établit des relevés, mesure et fait des calculs à l'aide d'outils spécifiques, comme le sextant, le théodolite, l'alidade, le compas d'arpentage, la toise et la chaîne d'arpenteur. Exécuté de la main de larpenteur du roi François Chaudron, il porte son paraphe à chaque page. En préambule, celui-ci indique « Arpentage et déclaration des fonds qui composent le territoire dEssertenne avec les plans à la suite sur 27 feuilles, extrait de la minute et du plan général du finage fait en vertu darrêt de la chambre et cour des comptes aides et domaines et finances du Comté de Bourgogne du 12 mars 1766 de lagrément de messire Claude Lambert Du-Val, chevalier Seigneur dudit Essertenne, par moi François Chaudron, géomètre arpenteur du Roy à la maitrise des Eaux et Forêts et Baillage de Gray y résidant». Et au bas du feuillet 47, Chaudron précise « La présente déclaration et plans à la suite ont étés extraits des minutes darpentage du finage et territoire dEsserienne par moy, arpenteur du Roy, soussigné, à linvitation du seigneur et des habitants pour valoir et servir ce quil appartiendra, à Gray, huit janvier mil sept cent quatre-vingt ». Lobjet de son travail sont les terres entourant Essertenne, village de lEst de la France situé aujourdhui dans le département de Saône-et-Loire, en région Bourgogne-Franche-Comté. Les 47 premiers feuillets donnent la microtoponymie des lieux, la description et la superficie des parcelles ainsi que le nom de leur exploitant ou possesseur : bois, friches, terrains agricoles, vignobles, jardins « Champ du Moulin », « Vigne au bas des montants », « Champs Millot », « Marnière de la Combe de la Cour », « Epie ou saison des Brosses », « les Communaux », « La Varenne », « Le Vaché sauvage », « Les Charbonniéres Saisons, Climats, journaux, perches sont les unités de mesures employées : « La Veuve de Nicolas Menetrier, trois huitiemes de journal trente-cinq perches », « La cure dEssertenne, un quart de journal vingt-quatre perches ». Au total, ce sont 1 077 + 93 parcelles qui sont ici nommées et mesurées, colossal ouvrage en temps et en énergie avec les instruments et les moyens de lépoque ! Chaudron consacre ensuite les feuillets 46 et 47 a ses « Observations », qui détaillent les unités de mesure utilisées pour son arpentage : « Douze pouces pour 1 pied, neuf pieds six pouces anciens pour 1 perche, et trois cent soixante perches superficielles pour le journal de terre ». Il présente ensuite 3 exemples darpentages et il indique que « Pour lintelligence et vérification du présent arpentage, on a joint à la suite 27 feuilles de plans qui composent la totalité du territoire et prairie dEssertenne ». Ces feuilles comportent 28 plans finement tracés à l'encre rouge et noire, aquarellés et présentant une échelle graduée et lindication de lorientation du « Septentrion » (Nord). Les parcelles représentées sont dune forme et dune superficie extrêmement variable. A noter la forme démesurément allongée des parcelles de jardins et les bois : à lépoque, ils permettaient aux habitants des campagnes de produire une part essentielle de leur alimentation, de cuisiner et de se chauffer. Précieux témoignage du travail dun « géomètre » de la fin de lancien régime, manuscrit superbement exécuté et illustré, dune grande valeur historique pour la richesse de son contenu technique, toponymique et économique.

4,800.00 €