Référence :4643

[Lettre manuscrite signée adressée à] Monsieur Gaulthier, capitaine de cavalerie en non activité, à Paris.

LA FAYETTE (Gilbert du Motier, Marquis de).

A bord du Cadmus, le 9 aout 1824. 1824 1 ff. double in-4° (225 x 182 mm.) manuscrit à l'encre brune et signé. ( pliures, salissures, déchirures avec manque comblé à l'emplacement du cachet, renforts anciens de papier, liste de noms au crayon). Joint copie de la généalogie manuscrite du destinataire. Conservé dans un cartonnage d'époque recouvert de papier marbré.

Emouvante lettre écrite de la main de La Fayette au cours de sa traversée de lAtlantique, à loccasion de son quatrième et dernier voyage en Amérique, en 1824-1825. Document dun grand intérêt historique pour la connaissance des circonstances de son départ et de lobjectif de son voyage triomphal, que les historiens saccordent à considérer comme sans précédent dans lHistoire moderne, aucun autre homme après lui nayant connu un tel succès. La Fayette (1757-1834) a 66 ans quand il entreprend son dernier périple en Amérique. La particularité de cette tournée, pendant laquelle il sillonnera le pays, est quil a été accueilli avec un enthousiasme et une ferveur populaire qui ont duré de son arrivée à New York le 16 août 1824 à son départ le 9 septembre 1825. Pourtant, un tel succès na rien dacquis quand murit ce projet. La décision qua prise La Fayette de retourner dans sa patrie dadoption résulte dun contexte politique et personnel qui le pousse à quitter la France, afin de retrouver ses vieux compagnons darmes et amis, mais surtout pour revivifier la cause libérale en France par un voyage qui prend une ampleur politique et symbolique. LAmérique dalors se situe dans un contexte international et intérieur qui lincite à lancer une invitation au vieux vétéran de la guerre dindépendance. En invitant de manière publique lopposant emblématique au régime de la Restauration, la diplomatie américaine est consciente de la portée politique et internationale quun tel acte peut avoir. Néanmoins, une invitation officielle est envoyée au Général, après des débats au Congrès américain. Le but est de fêter les 50 ans de la nation et de raviver chez les américains "l'esprit de 1776". Cest ainsi à linvitation du président James Monroe (1758-1831) et dune résolution du congrès que le héros de Yorktown entreprend sa dernière traversée océanique. Dans une lettre du 7 février 1824, Monroe lui écrit « Mon cher général, je vous ai écrit, il y a environ quinze jours, une lettre dans laquelle je vous exprimais le désir de vous envoyer, dans le port de France que vous m'indiqueriez, une frégate, pour vous amener ici, dans le cas où vous seriez libre maintenant, pour visiter les Etats-Unis. » La Fayette ne peut se refuser à une telle invitation. Cependant, il décline, pour des raisons politiques, lutilisation dun bâtiment militaire et préfère voyager sur un navire de commerce. Cest ainsi que le navire de commerce américain le « Cadmus » est désigné pour attendre son illustre passager au port du Havre ou il stationne discrètement. La rumeur de ce voyage se repends alors parmi ses amis et La Fayette reçoit leurs propositions de laccompagner et le servir, dont celle du capitaine capitaine Pierre Arséne Gaulthier (1780-1832), destinataire du présent courrier. Cet émouvant document nous donne un élément que nous navons retrouvé dans aucun travail dhistorien : le très mauvais état de santé de La Fayette au moment de son départ : « Jétais malade à paris, Monsieur, lorsque votre lettre a été remise chez moi, et dès que jai pu monter en voiture, je suis allé rejoindre le paquebot américain qui mattendait... ». Or, les préparatifs de La Fayette se font dans un contexte tendu : Depuis 1822, Lafayette, principal leader en France des idées libérales, a participé à diverses organisations visant à renverser Louis XVIII et échappé de peu à une arrestation. Pendant les mois qui précèdent son départ, il fait lobjet dune surveillance policière renforcée. Cependant, quelques jours seulement avant le départ pour lAmérique, la police na que des informations vagues sur la volonté de Lafayette de partir. On lit par exemple dans un rapport : « On parle dun long voyage quils [Lafayette et son fils] doivent faire, mais sans désigner lendroit où ils doivent aller. Lépoque de leur départ nest pas encore fixée ». En outre, les membres de la branche française de la société des Cincinnati, dont La Fayette est un des pères fondateurs, jusque-là autorisés à porter les insignes de lordre, nen ont désormais plus le droit, depuis lordonnance du 16 avril 1824, qui enveloppe les Cincinnati dans linterdiction générale de tous les ordres étrangers. Les Cincinnati sont désormais obligés de demander le renouvellement de leur autorisation de porter les insignes de la société. Dans le contexte du départ proche de La Fayette, pour le gouvernement français, cest ainsi vouloir contrôler les membres de lordre et en quelque sorte les soupçonner dêtre des révoltés et non plus de simples héros. Sachant sa correspondance surveillée, La Fayette a vraisemblablement volontairement omis de répondre au courrier du capitaine Gaulthier avant son départ du Havre. Dans la même idée, sachant que son courrier du 9 aout pouvait être intercepté, La Fayette précise lobjet de son voyage : « il est question dans cette simple visite, ni de guerre, ni darmée, et je me borne à vous offrir mes remerciements et mes vux bien sincères ». Dévidence, en parlant de « simple visite », il omet de dévoiler les objectifs éminemment politiques de son voyage. Aussi, certainement dans un but de discrétion, La Fayette décline toutes les propositions de laccompagner et choisis pour seuls compagnons de voyage son fils Georges Washington de La Fayette (1779-1849) et son secrétaire particulier, Auguste Levasseur (auteur dun un journal du voyage, Paris, 1829). La Fayette quitte Paris le 10 juillet et arrive le 12 au Havre, ou sa présence donne lieu à des manifestations surveillées de près par les autorités. Il embarque alors à bord du Cadmus qui lattends discrètement depuis plusieurs semaines. La traversée se déroule parfaitement et lorsque le 9 aout, La Fayette rédige la présente lettre, il est déjà en vue des côtes américaines. Le 16, il débarque à New York qui lui donne aussitôt un avant-gout du séjour triomphal quil débute : Bien au-delà de tout ce que La Fayette avait pu imaginer, la population américaine va alors lui donner laccueil le plus fort quelle est jamais accordée à un citoyen étranger. Aux États-Unis, plus de 600 lieux s'appellent aujourdhui « La Fayette ». Une montagne, sept comtés et quarante localités portent notamment son nom ! Ce dernier voyage aura en outre renforce son image aux yeux du peuple français, son rôle dans le succès de la révolution américaine demeurant lélément fondamental de sa postérité. 1 double ff. in-4 ° (225 x 182 mm.) handwritten in brown ink and signed. (folds, stains, tears with missing fill at the location of the stamp, old paper reinforcements, list of names in pencil, copy of the recipient's handwritten genealogy). Toutching letter written by La Fayette during his trip across the Atlantic, on the occasion of his fourth and last trip to America, in 1824-1825. Document of great historical interest for the knowledge of the circumstances of his departure and the objective of his triumphal journey, which historians agree to consider as unprecedented in modern history, no other man after him having had such success. La Fayette (1757-1834) was 66 years old when he embarked on his last trip to America. The peculiarity of this tour, during which he will travel all the country, is that it was greeted with popular enthusiasm and fervor which lasted from his arrival in New York on August 16, 1824 to his departure on September 9, 1825. However, such success has nothing to gain when this project matures. La Fayette's decision to return to his adopted homeland stems from a political and personal context which pushes him to leave France, in order to find his old comrades in arms and friends, but above all to revive the liberal cause in France by a journey which takes on a political and symbolic dimension. America then finds itself in an international and domestic context which prompts it to issue an invitation to the old veteran of the Revolutionary War. By publicly inviting the iconic opponent to the Restoration regime, American diplomacy is aware of the political and international significance that such an act can have. Nevertheless, an official invitation is sent to the General, after debates in the American Congress. The goal is to celebrate the 50th anniversary of the nation and to revive among the Americans "the spirit of 1776". It was thus at the invitation of President James Monroe (1758-1831) and a congressional resolution that the hero of Yorktown embarked on his last ocean crossing. In a letter of February 7, 1824, Monroe wrote to him "My dear general, I wrote to you, about two weeks ago, a letter in which I expressed to you the desire to send you, to the port of France that you would indicate, a frigate, to bring you here, in case you are free now, to visit the United States ». La Fayette cannot refuse such an invitation. However, he declined, for political reasons, the use of a military ship and preferred to travel on a merchant ship. This is how the American merchant ship "Cadmus" is designated to wait for her illustrious passenger at the port of Le Havre where she discreetly parks. The rumor of this trip then spread among his friends and La Fayette received their offers to accompany and serve him, including that of Captain Captain Pierre Arséne Gaulthier (1780-1832), the recipient of this letter. This document gives us an element that we have not found in any work of historian: the very bad state of health of La Fayette at the time of his departure: "I was sick in Paris, Sir, when your letter was returned to my home, and as soon as I could get into the car, I went to join the American liner that was waiting for me ... ". However, La Fayette's preparations are made in a tense context: Since 1822, Lafayette, the main leader in France of liberal ideas, has participated in various organizations aimed at overthrowing Louis XVIII and narrowly escaped arrest. During the months preceding his departure, he was the subject of reinforced police surveillance. However, just days before leaving for America, the police have only vague information about Lafayette's desire to leave. For example, we read in a report: "We are talking about a long journey that they [Lafayette and his son] must make, but without designating the place where they must go. The time of their departure is not yet fixed. " In addition, members of the French branch of the Cincinnati society, of which La Fayette is one of the founding members, previously authorized to wear the insignia of the order, are no longer entitled to do so, since the order of April 16, 1824, which envelops the Cincinnati in the general prohibition of all foreign orders. The Cincinnati are now obliged to request the renewal of their authorization to wear the insignia of the order. In the context of La Fayette's close departure for the French government, it is thus wanting to control the members of the order and somehow suspect them of being rebels and no longer mere heroes. Knowing that his correspondence was under surveillance, La Fayette probably deliberately omitted to respond to Captain Gaulthier's mail before his departure from Le Havre. In the same idea, knowing that his mail of August 9 could be intercepted, La Fayette specifies the object of his trip: "... this is a question in this simple visit, neither of war, nor of army, and I limit myself to offer you my sincere thanks and wishes . Obviously, speaking of a "simple visit", he fails to reveal the eminently political objectives of his trip. Also, certainly for the sake of discretion, La Fayette declines all the proposals to accompany him and chosen as sole traveling companions, his son Georges Washington de La Fayette (1779-1849) and his private secretary, Auguste Levasseur (author of a journal of the travel, Paris, 1829). La Fayette leaves Paris on July 10 and arrives in Le Havre on July 12, where his presence gives rise to demonstrations closely monitored by the authorities. He then boarded the Cadmus, which has been waiting discreetly for several weeks. The crossing went perfectly and when August 9, La Fayette wrote this letter, he was already in sight of the American coast. On the 16th, he landed in New York, which immediately gave him a taste of the triumphant stay he began: Far beyond anything that La Fayette had imagined, the American population would then give him the warmest welcome. strong that it is never granted to a foreign citizen. In the United States, more than 600 places are now called "La Fayette". One mountain, seven counties and forty localities bear his name in particular! This last trip will also have strengthened his image in the eyes of the French people, his role in the success of the American Revolution remaining the fundamental element of his posterity.

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